Essai de philosophie

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Origine de la société civile chez Thomas Hobbes

Classé dans : Philosophie politique — 23 janvier, 2011 @ 9:43

           Le texte « Etat de nature et état politique » soumis à notre étude est extrait de l’oeuvre Citoyen de Thomas HOBBES, Le citoyen ou les fondements de la politique. Ce livre traite de la question de l’origine de la société civile. Pour Hobbes, les origines de la société civile se trouvent dans la crainte réciproque entre les hommes. Etudiant les avantages de l’état de nature et de l’état politique, Hobbes penche pour l’état politique. Si le thème ici abordé est la comparaison entre l’état de nature et l’état politique, le problème soulevé est celui-ci : de l’état de nature et de l’état politique lequel offre plus d’avantages ? Quel état pour le bonheur de l’homme ? Ce problème se dessine en filigrane derrière un questionnement du texte. L’idée directrice peut être résumée comme suit : hors de l’état politique, c’est la guerre, tandis qu’a l’état politique, c’est la paix pour tous. Les enjeux philosophiques de ce texte sont multiples : il rompt avec la tradition philosophique qui prône que, par nature, l’homme est porté à la vie en société. Comme Machiavel, Hobbes s’inscrit dans un réalisme politique.

            Les paragraphes du texte constituent l’argumentation comparative de Hobbes. Pour notre analyse nous suivrons la présentation de l’auteur en vue de comprendre sa position. Cette analyse constituera notre première partie et elle sera une explication du texte. Ensuite, critiquerons la pensée de l’auteur et, en guise de conclusion, nous dégagerons une actualisation de la pensée de l’auteur.     

 

 

            Dans le souci de répondre à la question de savoir quel état pour l’homme en vue de son épanouissement, Hobbes entreprend une étude comparative entre l’état de nature et l’état politique dans son ouvrage, le citoyen. Mais qu’entend il par état de nature et état politique ?

            L’état de nature est l’état des hommes n’ayant entre eux d’autre lien que leur qualité commune d’être des êtres humains, chacun étant libre et égal à tous. Ainsi les hommes apparaissent comme ayant un penchant naturel violent et destructeur envers leurs semblables. De fait, chaque homme est la proie d’un autre homme, neutralisant chez chacun tout espoir de progrès. Selon cette vision « L’homme est un loup pour l’homme »,  d’où la nécessité d’un état politique. L’état politique est encore appelé société civile caractérisée par une organisation juridique des individus rassemblés par un contrat. L’état de société est rendu nécessaire par l’insécurité de l’état de nature. Le contrat social qui fonde l’état de société est un contrat de soumission. Hobbes refuse de distinguer l’association et la soumission. Pour lui, la seule façon de s’unir, c’est de se soumettre à un tiers. Les deux caractéristiques du contrat selon Hobbes sont le fait que la soumission doit être totale et le fait que le maître lui-même ne soit pas lié par ce contrat ; ainsi son pouvoir est-il absolu.

            Dans son premier paragraphe, il analyse la question de la liberté dans chacun des états. A l’état de nature cette liberté est totale, en ce sens que chacun à droit à tout ce qu’il veut. Tous les moyens sont bons pour l’acquérir. Notre liberté devient alors infructueuse car toutes nos possessions sont éphémères ; en effet, quand vient un plus fort il s’accapare de tout. Or, dans la société civile, nul ne peut se rendre justice. Chacun jouit de la liberté qu’il faut pour vivre paisiblement et pour profiter de son droit. Chaque membre de la société vit en sécurité sans n’avoir rien à craindre ; ses biens sont protégés et il peut jouir parfaitement de son droit.

            Dans le deuxième paragraphe, Hobbes évoque l’idée de droit dans chacun des états. En terme de droit, à l’état de nature, chacun à le droit sur tout, mais en fait il n’a aucun droit même pas le droit de vivre. Dans l’état politique, tous les individus jouissent d’un droit particulier qui permet d’avoir une possession à soi et d’être sûr que personne ne viendra la lui l’arracher.

            Le troisième paragraphe fait cas de la vie proprement dite et de la protection. Hobbes y présente l’état de nature comme un lieu où règnent les violences de toute sorte ; nul n’y est en sécurité. Dans la société civile, cette puissance d’action des hommes est confiée à un seul. Ainsi, personne ne peut faire violence à son prochain, car, par le contrat, il renonce à se faire justice. Malgré ce renoncement, devant un danger l’individu n’est pas abandonné ; il est soutenu par les autres pour affronter le danger. A l’état de nature, devant un danger, chacun est livré à ses propres moyens de défenses et n’a pas le secours de ses concitoyens.

            Dans le quatrième paragraphe, Hobbes aborde la question de l’habileté et du travail effectué par chacun. A l’état de nature, cette habileté et les actions accomplies n’apportent rien et sont sans aucune importance, tandis que, dans la société cela permet d’avoir ce dont on a besoin pour une vie assez heureuse.

            Le cinquième et dernier paragraphe, est une récapitulation des quatre premiers. Il dégage les caractéristiques de chacune des états. Dans l’état de nature, l’homme est livré à ses passions, à son désir d’affirmer sa force, il vit dans la solitude, dans la misère, dans l’ignorance et dans la brutalité qui lui ôte le goût de la douceur de la vie. L’ordre établit grâce au contrat assure la paix et la sécurité. Ainsi foisonnent les richesses. Les conversations naissent et l’on découvre combien il est bien d’échanger quelques mots et quelques expériences. Les sciences se développent grâce aux discutions. La vie n’est plus régie par l’ignorance, mais par des lois de l’amitié.

 

            Hobbes rompt avec la tradition philosophique, pour laquelle l’homme est naturellement porté à la vie en société. Il est un animal politique, selon Aristote, et c’est cette sociabilité instinctive qui est l’origine des sociétés. La rupture s’introduit par le fait, que pour Hobbes, ce n’est pas l’inclinaison vers l’autre mais, la crainte de l’autre, le désir de sécurité, et la recherche tout égocentriste de l’honneur et de l’utilité qui sont les causes pour lesquelles les hommes s’assemblent. Avant Hobbes, la plupart des écrits touchant les républiques supposent que l’homme est un animal politique ζωον πολιτιχόν, c’est-à-dire né avec une certaine disposition naturelle à vivre en société. Sur ce fondement-là, ils bâtissent la doctrine civile, de sorte que, pour la conservation de la paix et pour la conduite de la société, il ne faut plus rien, sinon que les hommes s’accordent et conviennent de l’observation de certains pactes auxquels ils donnent le nom de lois.

            De fait, Hobbes à une vision négative de l’homme. Cette vision est appuyée par l’analyse de Freud, selon lequel « l’homme n’est pas un être doux ». Au contraire il porte naturellement en lui la violence qui empêche la paix sociale et, avec elle, toute prospérité. On rencontre ainsi la problématique de « l’insociable sociabilité des hommes » formulée par Kant, et selon laquelle les hommes ont une « inclination à entrer en société, inclination qui est cependant doublée d’une répulsion générale à le faire, menaçant constamment de désagréger cette société ». Hobbes est conscient de cette contradiction intrinsèque, puisqu’il neutralise par avance toute volonté de retour à l’indépendance naturelle par l’engagement extrêmement fort à la base de son contrat social.   

            Plusieurs penseurs ont également imaginé une façon de garantir une société pacifique et stable. Parmi eux, on distingue Locke et Rousseau.

            Locke, au contraire de Hobbes, est un des premiers penseurs du libéralisme. Dans ses trois Essais sur le gouvernement civil, il expose une version nouvelle de la doctrine contractuelle de l’état. Mais Locke partage avec Hobbes deux soucis : garantir la sécurité et préserver la propriété. Pour Locke, l’état de nature est un état d’harmonie et de liberté raisonnable. L’homme à l’état de nature jouit de deux pouvoirs et d’un droit fondamental : le pouvoir d’assurer sa propre conservation, le pouvoir de punir quiconque menace sa vie et le droit fondamental de propriété limitée à ce qui est nécessaire à sa conservation. Alors Pourquoi former une société si l’état de nature n’est pas un « horrible état de guerre« , comme le pensait Hobbes? Il manque à l’état de nature la garantie de l’ordre et du bonheur, autrement dit la garantie de la sécurité. Comment se fait le passage de l’état de nature à l’état de société? Par consentement mutuel. Mais, contrairement à Hobbes, Locke pense que nul gouvernement légitime ne saurait être un gouvernement absolu. En effet, nul homme ne serait assez fou pour consentir à abandonner tous ses droits, sinon l’état de société serait pire que l’état de nature. Selon Locke, les hommes entrent donc dans l’état civil par un contrat d’association par consentement mutuel et un contrat de soumission conditionnel. Le contrat de soumission au gouvernement est dissout dès que la majorité considère que ce gouvernement est incapable d’assurer la sécurité. Quel est le point de vue Rousseau sur la question de l’état de nature et de l’état politique ? La théorie de Locke porte en germe les principes de la démocratie libérale du XIXe siècle. Rousseau sera fortement influencé par la philosophie politique de Locke. Ils ont les mêmes préoccupations et leurs deux théories du contrat social reposent sur le même postulat : l’harmonie naturelle des volontés et des intérêts des individus. Ce postulat indémontrable est celui de l’individualisme libéral et de la démocratie. Sans s’accorder à Hobbes, Locke et Rousseau ne s’accordent pas cependant sur leur conception du contrat lui-même, c’est-à-dire sur les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre leur idéal politique. Il y a eu beaucoup de malentendus concernant cette notion d’état de nature chez Rousseau. L’homme à l’état de nature n’est pas pour Rousseau l’homme originel historiquement parlant. L’homme à l’état de nature n’est pas le « bon sauvage ». Il n’a jamais été question pour Rousseau de prôner un retour à l’état de nature, et ce pour deux raisons : la première est que cela n’aurait pas de sens de retourner à un état qui n’a jamais existé; la deuxième est que l’homme à l’état de nature pour Rousseau n’est pas l’homme parfait, mais qui n’a pas encore développé son potentiel. L’état de nature de Rousseau n’est donc ni le produit d’une recherche des origines historiques de l’humanité ni le produit de l’imagination mais un modèle théorique. Ce modèle théorique est obtenu par analyse de l’état présent. Il s’agit de dégager par analyse ce qui, dans les hommes tels qu’ils sont, revient à leur nature et ce qui revient à leur vie sociale. Autrement dit, l’état de nature est le naturel en chaque homme. Le libre contrat social de Rousseau, à première vue, se rapproche pourtant de celui de Hobbes. En effet, il demande comme lui que les citoyens cèdent librement tous leurs droits naturels au profit du souverain, celui-ci exerçant la volonté générale dans laquelle se reconnaissent tous les membres du corps social, unis par un intérêt commun. On reconnaît là, la volonté commune, composée de toutes les volontés particulières, appliquée par l’Etat de Hobbes dont le pouvoir est composé lui aussi de tous les pouvoirs particuliers qui lui ont été cédés. Mais ce contrat n’est pas, au contraire de Hobbes, une transaction de chacun à chacun au profit d’un tiers, mais plutôt un pacte que chacun conclut avec la communauté toute entière dont il devient membre. Ainsi chaque individu, en s’abandonnant totalement à la communauté, donc à tous, ne se donne à personne. Si, chez Hobbes, les volontés ont été transférées à l’Etat et que les citoyens ne participent pas à l’élaboration des lois, chez Rousseau, la volonté générale ne peut se transmettre, ni son exercice être délégué. C’est là l’opposition principale entre Hobbes et Rousseau, et la principale faille du contrat social de Hobbes. Si tous les gens du peuple se lient irrémédiablement à leur souverain, lui ne passe aucun contrat avec eux.

 

 

            Au-delà de la question de savoir quel état pour le bonheur de l’homme que Hobbes étudie à travers une analyse comparative de l’état de nature et de l’état politique, il ressort, de façon implicite, la question du fondement même du contrat social, qui régit l’entrée dans la société. L’analyse de Hobbes est très réaliste. Bien que présentant quelques limites, il élabore un nouveau fondement de la vie en société en opposition à toute la tradition philosophique. Il sera rejoint dans son analyse par d’autres auteurs comme Freud et Kant sur l’idée de l’homme à l’état de nature. D’autres auteurs, comme Locke et Rousseau, étudieront la même question, mais ils se démarqueront de Hobbes sur plusieurs points. Cependant on ne pourra pas se méprendre sur la valeur de son analyse qui ouvre de nouvel horizon en philosophie politique. 

      Jean-Baptiste TODJRO

todjrokomlan2@yahoo.fr

 

           

 

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