Essai de philosophie

Seul celui qui accepte faire des essais pourra acceder à la connaissance véritable

Le pardon un acte de guérison et de libération pour un développement intégrale

Classé dans : Non classé — 7 août, 2012 @ 10:28

 

 

Jean-Baptiste TODJRO

Etudiant M. Afrique

 

 

Le pardon est la réponse à nos rêves d’enfance sur le miracle. C’est, ce à  travers quoi, ce qui est brisé est de nouveau mis ensemble et ce qui est souillé de nouveau purifié. Le rêve exprime ce pourquoi nous avons besoin d’être pardonnés et ce pourquoi nous devons pardonner.   

En présence de Dieu, rien ne peut tenir entre Lui et nous. Nous sommes totalement pardonnés, mais nous ne pouvons sentir sa présence s’il y a entre quelqu’un et nous une offense.

 

 

Le pardon est une porte ouverte vers la paix et le bonheur,  une porte petite, étroite, que l’on ne peut passer sans se baisser. Une porte difficile à trouver, qui cependant existe. Mais il est possible d’y arriver, même si l’on doit la chercher très longtemps. Par les expériences de personnes qui, malgré leurs souffrances, se sont efforcées de faire la paix avec leurs bourreaux ou non, nous voulons à travers Pourquoi pardonner ? montrer à la fois le pire et le meilleur dans l’homme.

La plupart des personnes, au cours de leur existence, ne seront jamais confrontéesà un meurtre, à un viol, ni encore, à ce que les philosophes appellent « crime contre l’essence de l’homme ». Cependant chaque personne, quel que soit son milieu, sa culture, sa vocation, son engagement,  est confrontée, chaque jour, au besoin de pardonner que ce soit à son partenaire, à son enfant,à ses parents,à son ami ou collègue, à son confrère, sa consœur…

Pour nous, il parait judicieux, après avoir présenté le pardon comme un moyen efficace devant conduire à la réconciliation et au rétablissement de l’équilibre social, de nous interroger sur  le pourquoi du pardon et ce qui rend difficile, voire impossible le pardon dans les relations humaines.

Il nous semble intéressant de commencer ce travail  par deux témoignages qui nous permettent de saisir ce qu’est le pardon et ses effets sur et dans notre vie.

Témoignage 1

Lors d’une séance d’intercession, nos frères ont accueilli une dame. Elle souffraitdepuis plusieurs années d’une forte fièvre. Pendant que ceux-ci, après l’avoir écoutée, se préparaient à prier pour elle, l’un d’eux lui posa cette question : « Où est ton mari ? » A ces mots, la dame s’effondra et se mit à pleurer pendant des heures et des heures. Quand elle eut fini de pleurer, l’on réitéra la question, et après un long silence, elle dit  « cet homme-là, je ne veux pas entendre parler de lui. »L’homme dont elle parlait, son mari était mort depuis plus de cinq ans. Le frère lui dit : « Comme tu as accepté Jésus comme maître et Seigneur de ta vie, pardonne à ton mari, c’est l’unique façon de retrouver la santé et la paix ». Les frères disent n’avoir pas prié pour cette femme et que seuls, sa décision de pardonner et le pardon accordé à son mari a été source de sa guérison.

 

Témoignage 2  

Il s’agit ici d’une amie qui perd souvent connaissance et passe beaucoup de temps à l’hôpital. Elle souffrait d’un manque d’amour parental. Ces parents l’avaient abandonnée toute petite. Elle avait été élevée par ses grands-parents. Pour ses parents, elle était le fruit d’un accident et elle représentait ce pourquoi le papa n’avait pas abouti au sacerdoce et pour la maman, l’obstacle à une vie digne de ce nom. Suite à des crises répétitives, la jeune fille fut recommandée à un psychologue, ensuite à un prêtre. Mais son mal persiste. Car elle croît être à l’origine du malheur de ses parents. Elle n’arrive pas non plus à comprendre comment une mère peut abandonner sa fille. Sa douleur est d’autant plus grande que ceux qui l’ont abandonnée ne vivent pas loin d’elle et leur découverte l’a d’avantage conduite à se renfermer sur elle-même.

Son mal trouve son origine dans son refus de pardonner et de se réconcilier avec ses parents depuis qu’elle les aretrouvés et dans les souffrances et moqueries qu’elle a subies durant son jeune âge.

De ces  deux expériences, il nous paraît que le pardon est un lieu de rencontre, un lieu où on se libère en libérant l’autre ou un lieu où l’on peut s’enfermer, soit seul, soit avec d’autres.

Du premier témoignage, on déduit que le pardon est une source de guérison et de libération et par le second, on  découvre que le refus de pardonner peut être source de maladie. Vu le refus manifesté dans notre second témoignage, une question s’impose : est-il envisageable ou encore possible, dans certains milieux, d’évoquer de nos jours le pardon sans paraître ridicule et sans surprendre autrui ? À moins d’être suspecté de tenir un discours religieux dont les termes Amour, Miséricorde, Compassion… et leurs logiques sont déjà connues.

Il est en effet difficile de nier le bien-fondé du pardon ou son importance dans la vie quotidienne. Cependant, l’essentiel pour nous n’est pas d’être d’accord sur les termes de façon théorique, mais plutôt de faire l’expérience d’un pardon véritable pour découvrir sa grandeur et sa force.Car c’est une chose est d’élaborer des théorieset qu’elles soient approuvées, mais cela en est une autre de faire l’expérience de ce que nous théorisons. Parler du pardon comme d’un acte de libération et de guérison implique la question : quelle est la place du pardon dans la complexité des relations humaines ?

Nous sommes inexorablement enfermés dans le cycle de la violence et cela semble naturel. Notre époque elle-même présente des contrastes aberrants. Pendant que des efforts pour la construction et le maintien de la paix sont entrepris, la technique et les sciences produisent des possibilités immenses de destruction. Pendant que l’on poursuit des personnes pour vente illicite d’armes, les usines d’armement à diverses échelles se multiplient etinnovent sans cesse. Sur le plan scientifique et même social, nous sommes fiers des progrès obtenus, cependant l’aspect éthique nous interroge et laisse une inquiétude dans nos cœurs. Cette inquiétude devient de plus en plus grave, car elle mine les relations humaines et crée un sentiment de méfiance entre les hommes.

Nous nous proposons à travers ce travail d’exposer une autre réponse au mal et aux violences perpétrés contre nous. Soulignons dès le départ qu’il s’agira dans les lignes qui suivent d’un exposé des témoignages de vie personnelle, d’amis, de séances de prière et autres…

 

I-            Le pardon et ses effets

         I-1 Qu’entendons-nous par « pardon » ?

Avant de nous lancer dans quelques considérations que ce soit, il convient de rappeler brièvement l’origine et l’étymologie du mot « Pardon ou pardonner ».  Pardonner est composé à partir du mot latin donare (donner). Perdonerapparait vers 980 dans l’expression perdoner la vida[1]. Pardonerest utilisé vers 1050 et donne vers 1135 le substantif verbal pardon. L’analyse étymologique du mot permet de ressortir l’idée du don. Ainsi le préfixe par nous conduit à déduire que pardon signifie un acte au-delà du simple don. Se fiant au sens général du pardon que l’on s’accorde à définir comme  remettre, gracier, absoudre, il en résulte que le pardon suppose ainsi un investissement et un engagement personnels qui définissent la relation que nous entendons entretenir avec notre offenseur. Dans ce sens pardonner ou non  détermine la confiance ou non accordéeà notre offenseur.

I-1-1. Une rupture avec la violence

Le pardon est une réponse inattendue au mal commis. La réaction légitime et qui semble naturelle devant une violence, un mal ou encore un tort, c’est la violence. Cette dernière est inscrite dans l’histoire de nos sociétés et dans notre existence personnelle. Elle marque l’existence individuelle et aussi collective. Une violence mal gérée peut devenir source de plusieurs difficultés et même de maladie. Un jour, des amis et des frères étaient allés saluer un autre frère à l’hôpital à cause de la fille malade de ce dernier. A la fin de leur visite, ils se mirent d’accord pour prier avec la famille. La fille malade était sous perfusion et avait toujours une température de 39-40°C, malgré tous les soins qui lui était apportés. L’infirmière qui s’occupait d’elle, après cette séance de prière, a pris à part les parents de la fille pour leur dire : « Pour le bien de votre fille, alléz régler votre problème s’il y en a, puis revenez ». A ces mots, l’homme s’écria : « nous n’avons aucun problème à régler ». L’infirmière reprit avant de les quitter : « Je n’ai pas dit que vous aviez un problème, cependant concertez-vous ». Une fois parti, l’homme se tourna vers sa femme et lui dit : « Si c’est à cause de cette histoire de trop de sel dans la sauce, c’est fini ». Et à la femme de répondre : « Es-tu sûr que ce soit vraiment fini et que maintenant nous partagerons le même repas ?»A la réponse positive de l’homme, ils s’embrassèrent et revinrent tout joyeux dans la salle d’hospitalisation. Le même soir, la température de leur fille tomba et elle put quitter l’hôpital.

Une simple histoire de mets à conduit à une rancune terrible entre parents, cette rancune a brisé l’harmonie de la famille. La fille souffrait de la violence et de la guerre silencieuse que menaient ses parents. Voilà comment nos rancunes, les petites tensions non résolues peuvent briser notre équilibre familial. Comme le dira Saint Paul : « Que la nuit ne tombe point sur vos problèmes journaliers sans les avoir résolus. » Cependant la résolution de nos tensions requiert de notre part une attitude d’humilité pour nous engager dans une démarche de pardon. Cette démarche de pardon est fondée sur la compassion, la miséricorde et enfin l’amour. C’est dans cette optique que Jacques Marin publiera : Aimer c’est pardonner ; l’appel au mariage solide, mystique et réaliste[2]

I-1-2. Le pardon comme secret de l’équilibre humain

Plusieurs personnes, familles, groupes, collectivités, ne comprennent pas pourquoi elles connaissent tant d’échecs dans leurs relations, dans leur vie de couple, dans leurs rapports sociaux. Posez-vous cette question : Quelle est la place que j’accorde au pardon dans toutes mes relations ? Comment est-ce que je gère les blessures qui me sont infligées ou que j’inflige aux autres ? L’amour a-t-il une place dans mon cœur ou suis-je rempli de haine ?

I-1-3. Le pardon est un acte d’amour

Le pardon ne s’impose pas. Le pardon est un acte d’amour : « par don », un don de soi pour une nouvelle relation. La personne qui pardonne doit demeurer libre de son choix. Obliger quelqu’un à nous pardonner, c’est lui dire : « je veux que tu m’aimes malgré les méchancetés que je t’ai faites« . On peut le souhaiter, mais on ne peut contraindre l’autre à le faire. Sinon ce n’est plus un pardon. On peut commander à quelqu’un des gestes extérieurs, mais on ne peut pas commander l’attitude intérieure. On peut juste l’inspirer par son exemple, on peut l’en prier (je te demande pardon), mais on ne peut pas l’exiger.

Je me souviens encore quand nous étions encore enfants, quand on se bagarrait ; la première personne âgée qui nous séparait avant de nous laisser partir nous invitait à nous tendre la main ou à nous embrasser pour conclure cette bagarre. Aujourd’hui je me rends compte de la portée de leur acte. Mais une question me tourmente et je pense à tous ceux qui ont vécu ces moments. Etaient-ce à eux de le faire ? N’étaient-ce pas une façon de nous imposer le pardon et plus encore la réconciliation ? Certes, ces aînés avaient un devoir à accomplir à notre égard,mais nous, qu’avons-nous appris ? Était-ce la meilleure façon de le faire ? Aujourd’hui j’oserai répondre non. Les gestes que nous faisions durant ces instants n’étaient pas libres et n’étaient pas des décisions personnelles pour mieux bâtir l’avenir. Nous ne remettons pas en question l’acte de nos ainés, mais leur action ne créait pas en nous le sentiment d’aimer l’autre, de le percevoir comme un frère, avec qui nous sommes invités à vivre ensemble malgré nos différends et nos points d’achoppement.

Nous allons analyser ici une expression du pater (le « Notre Père »). « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés »  Quand le Christ nous demande de nous pardonner les uns aux autres, c’est une invitation et non un ordre. C’est comme s’il disait que le pardon est la voie qui mène au Père. Il nous invite à l’imiter, par amour. « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » signifie: « Apprends-nous à pardonner comme toi tu pardonnes ». Plusieurs chrétiens qui récitent le Notre Père ont l’impression que s’ils pardonnent, Dieu va leur pardonner, alors que c’est l’inverse. L’amour de Dieu est premier et comme « aimer » signifie « pardonner », alors le pardon de Dieu est premier. Ainsicelui qui a connu le pardon de Dieu pour lui, sait pardonner aux autres et reconnait la force créatrice et libératrice qu’est le pardon.

Questionnaire d’analyse de sa vie et de ses relations

Ce questionnaire n’est pas en soi un test, pour savoir si nous pardonnons chaque jour. Cependant, il nous permet de savoir combien de fois nous optons pour la violence et combien de fois nous nous refusons la vie et empêchons aussi les autres de vivre.

Avant d’exposer ces questionnaires, regardons de près comment un enfant fut éduqué.  Tout petit,  nous a-t-il expliqué, quand à l’école, il y avait une bagarre, il se tenait à l’écart. Il s’intéressait peu aux autres. Un fois après les classes, il fut traité d’enfant gâté. Par respect pour ces principes, il essaya de se retirer de la dispute quand une troupe de garçons l’encercla et le battit. Tout en pleurs, il rentra chez lui. Une fois à la maison, son père le battit presque à mort car il n’avait pas su se battre. Imaginez-vous une seconde la réaction de cet enfant alors encore au cours primaire première année ! Le papa venait de réveiller en cet enfant un sentiment de vengeance. Trois jours plus tard, le garçon prit à part un des enfants du groupe qui l’avait battu et lui rendit coup pour coup et fit de même avec les autres. Il les frappa de telle sorte que plusieurs d’entre eux étaient méconnaissables.

1-   Quelle éducation donnons-nous à nos enfants ? Comme ce père, enseignons-nous la violence ou la  non-violence à nos enfants ?

Il convient de souligner à partir de ces lignes que si nous voulons chasser la violence et le cycle infernal de la vengeance de nos maisons, de nos quartiers, de nos villes et de nos pays, nous devons dans un premier temps repenser l’éducation que nous avons reçue et celle que nous donnons à nos enfants.

2-   Quelle est la place du pardon dans nos relations ? Sommes-nous toujours orientés vers le désir de vengeance ? Arrivons-nous à canaliser notre colère ?

Je vous propose ici de contempler l’attitude de deux personnes dans l’Evangile selon Saint Luc[3], il s’agit de la parabole de l’enfant perdu, oude l’enfant prodige, ou encore du père aimant.

Le texte nous dit qu’un homme avait deux fils, le plus jeune demanda à son père sa part d’héritage. Ce fut fait, il vendit tout et partità l’aventure. Il dilapida l’argent à droite et à gauche. Une fois l’argent dépensé, une grande famine s’installa dans la région. Il n’avait plus de quoi manger. Il décida alors de se faire embaucher pour gagner son pain quotidien pour ne pas mourir car personne ne lui donnait rien à manger. Vue sa situation, il voulut même se régaler de la nourriture des porcs, mais personne ne le lui en donna. Alors, il se dit : « Tant d’ouvriers dans la maison de mon père mangent à leur faim et moi ici je meurs de fin. J’irai chez mon père et je lui dirai : « j’ai péché contre le ciel et contre toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ».

Pendant qu’il était en chemin et qu’il préparait son discours, son père l’aperçut et courut à sa rencontre. Il dit au serviteur d’apporter les plus beauxhabits et de l’en vêtir. Il ajouta : « Mettez-lui un anneau au doigt et tuez le veau gras et festoyons, car mon fils que voici était mort et il revenu à la vie ».

3-   Demandons-nous pardon aux autres quand nous reconnaissons notre tort, le mal que nous avons commis ? Ou nous nous enfermons dans notre moi en disant : lui demander pardon, c’est m’humilier devant lui. C’est me montrer faible, impuissant et lui donner un impact sur ma vie » ?

4-   Quand nous demandons pardon, est-ce du fond du cœur ou pour paraître aux yeux des autres comme un repenti pendant que notre cœur est loin des mots qui sortent de notre bouche ?

5-   Quand on nous demande pardon, quelle attitude adoptons-nous ?Adoptons-nous une attitude supérieure ou nous laissons-nousinterpeler par la démarche de l’offenseur ?

6-   Sommes-nous ouverts au pardon ou sommes-nous enfermés dans nos blessures, dans notre douleur et notre souffrance ?

Aucune relation humaine n’est exempte d’un mal ou d’une faute commise. L’expérience du mal perpétré et le désir de l’homme à vivre heureux, puis de répondre à sa vocation de bonheur, tout cela nous pousse à donner une réponse différente au mal que nous avons subi au lieu de nous laisser entrainer par le cycle de la vengeance qui semble naturel. Il n’y a pas de pardon véritable s’il n’y a pas de désir de vengeance sous quelque forme que ce soit.

L’attitude de père du récit de l’enfant prodige nous montre qu’il avait déjà pardonné à son fils. Il court pour aller à sa rencontre. Ce qui semble contradictoire et cependant il le fait. Il demande qu’on habille son fils.

-      Il dit mettez-lui des sandales aux pieds

-      Un anneau au doigt

-      Revêtez-le des plus beaux vêtements

-      Festoyons.

Ceci témoigne de l’amour que le père porte à son fils, il n’a pas attendu que son fils vienne lui demander pardon. Tout son beau discours, l’enfant n’a pas pu le prononcer car le père était trop heureux de le revoir. Certains spécialistes présentent le père comme quelqu’un qui chaque jour se mettait à la porte de sa maison pour guetter le retour de son fils et  d’autres prétendent qu’il interrogeait même les passants. Il leur demandait s’ilsn’avaient pas rencontré son fils ? Oui, le pardon est semblable à un amoureux qui parcourt toute la cité et interroge même les habitants ; il fouille les maisons et les champs, les coins et les recoins, espérant trouver celle que son cœur a élue.

Dans un petit village un couple s’était disputé à cause de l’adultère du mari et s’était séparé. Pendant des mois, chacun souffrit dans son coin et personne n’osait faire le premier pas pour se réconcilier car chacun avait peur d’être rejeté. Un jour, le mari décida d’envoyer une lettre à sa femme. Il y avait cette phrase : Si tu continues de m’aimer et si tu as pardonné ma faute, s’il te plait lundi soir, accroche un foulard blanc à l’un des arbres bordant le chemin reliant notre cour à la route principale. Alors je saurai que tu m’as pardonné.Dès le dimanche, la dame avait décoré tous les arbres en y mettant plusieurs foulards blancs et d’autres lumières. Le mari,craignant toujours de ne pas être pardonné demanda à un de ses amis de le prendre dans sa voiture et de passer devant leur maison, avec lui caché sur le siège arrière. Une fois devant la maison, il demanda à son ami : y-a-t-il un foulard accroché sur arbre ? À son ami de répondre :« non, mais des foulards blancs accrochés partout dans le sentier ! »  Surpris, l’homme fit arrêter la voiture et courut retrouver sa femme.

Oui, parfois le pardon demande qu’on ose vivre, qu’on ose faire le premier pas. Mais pour ce faire, il faut de prime abordque l’offenseur reconnaisse avoir mal agi et que celui qui pardonne puisse dire qu’il a été blessé.

 

I-1-2. Le pardon : une exigence nouvelle pour des relations vraies, simples et viables

Le pardon appelle la vie et la confiance. La confiance est l’élément indispensable à toute relation amicale, familiale etc. Il est difficile de faire confiance à une personne dès les premiers instants d’une relation. Cependant quand cette confiance s’installe, l’homme est libéré de sa crainte et de sa méfiance. Cette confiance, pour s’installer, peut prendre des années. Le grand problème s’installe quand cette confiance est trahie. Nous pouvons pardonner facilement à quelqu’un que nous connaissons à peine. Cependant quand il s’agit de quelqu’un en qui nous avions confiance, le pardon devient difficile. Pourquoi cela ? Simplement parce qu’accorder sa confiance à quelqu’un, c’est lui confier toute sa vie. Devant lui, nous sommes sans défense et fragiles. Toutes nos défenses sont brisées. Comment dans une telle situation devons-nous réagir ? Devons-nous à tout jamais rompre avec ce dernier ? Supposons que ce soit votre femme, votre enfant, un frère ou une sœur, un confrère ou une consœur, un associé, un confident etc.

Regardons de près ce qui peut arriver parfois dans une famille à travers  cette histoire. Un homme avait un enfant qu’il aimait beaucoup. Cet enfant en toute chose était obéissant à son père jusqu’à ce qu’il fasse une expérience religieuse qui l’avait beaucoup marqué. Depuis ce jour, sur certains domaines de la vie, il ne partageait plus les mêmes points de vue que son père. Un soir, pendant qu’il préparait son examen, l’enfant eut une forte douleur à la tête et se mit à trembler ; de plus il ne pouvait plus se tenir debout. Le père dit : J’en ai assez de ces douleurs et de l’achat des produits, il faut trouver l’origine mystique de ces douleurs incessantes. On était autour de 20 heures, le papa s’en alla et revint avec un marabout. Contre toute attente, l’enfant refusa de suivre ce que le papa proposait. Dans un mouvement de colère et devant sa maman et quelques autres personnes de la maison, le papa se mit à gifler l’enfant. Il lui dit : soit tu suis ce que je te dis, sois tu sors de ma maison et tu n’es plus mon fils. Tu es banni de cette maison. Confiant en sa foi et en ces convictions, l’enfant se retira. Pour lui, tout son univers venait de s’écrouler.Cette nuit-là, il fut comme une brebis égarée. Parti sans argent car il n’avait pas la possibilité de rentrer dans sa chambre, il marcha durant toute la nuit, allant de la maison à l’église la plus proche, de l’église à la gare car il cherchait à aller loin avant de se rendre compte qu’il n’avait même pas les moyens de se rendre même à 100 kilomètres de ses parents. Il se mit à marcher toute la nuit. Au petit matin il se retrouva à l’entrée de la maison de ses grands-parents. Il s’y reposa et n’alla point à l’école ce jour-là. Il chercha même à se suicider. Au cours de cette tentative, un chant qu’il utilisait pendant ses prièreslui revint et le chant disait : il n’a pas dit que tu coulerais, il n’a pas dit que tu sombrerais, il a dit allons sur l’autre rive. Si le vent souffle fort, si la barque t’entraine n’aie pas peur de la mort ; si la barque t’entraine, crois en Jésus il t’aime. Alors, le jeune sentitun appel à mourir à l’amour de ses parents pour renaitre à l’amour de Jésus et de Dieu. Qu’est-ce que cela implique ?

Renaitre à l’amour de Dieu revenait à associer sa douleur à celui du Christ et à crier vers Dieu en toute confiance afin d’implorer sa miséricordepour avoir la force de pardonner. Le pardon est une force et une décision personnelles. Personne ne peut nous l’imposer, mais on peut juste nous l’indiquer et le reste du chemin est à nous. Ce jeune avait trouvé son inspiration et son chemin dans la parole de Jésus : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Ces paroles furent prononcées pendant que Jésus agonisait sur la croix.

Après s’écoula toute une journée que le jeune passa sans rien manger, assis et méditant sur sa vie et se demandant s’il fallait repartir dans sa famille. Le soir tombé pendant que toute la famille le cherchait, il entra discrètement dans la maison et s’installa dans sa chambre dans l’obscurité. Ce fut véritablement un passage du chaos au cosmos durant ces deux jours. Le troisième jour avant de partir pour l’école, il fit un geste de réconciliation. Il alla saluer sa mère toute inquiète,puis son papa sans rien ajouter, puis il s’en alla à l’école. Durant des jours, il ne mangea plus à la maison, mais il y couchait. Ce fut pénible de rétablir la confiance, mais il avait pardonné à son papa, non parce que celui-ci avait demandé pardon, mais à cause de quelqu’un qui avait souffert avant lui, et qui devant la mort certaine et malgré le rejet des autres a pardonné de tout cœur et sans poser aucune condition. Le pardon tout comme l’amour ne pose pas de question pour aimer ou pardonner.

 

I-1-3. Aimer sans condition

Comme le souligne l’ouvrage de Jacques Marin, aimer c’est pardonner.Ainsi pardonner, c’est s’ouvrir et ouvrir aux autres la porte du bonheur, première vocation de tout homme. Or la violence, comme un ver, dégrade les relations humaines. Elle crée des tensions, détruit la confiance. Elle sème en l’homme consciemment ou non un sentiment de rejet, de manque de compassion, de médisance, d’accusation. Ces sentiments portent un coup dur à l’équilibre personnel et social.

L’amour est semblable à une bougie qui éclaire quand elle se consume, quand sa flamme toute brûlante la transforme en lumière. Et le pardon, comme un tout petit grain de sel, qui ne peut donner son goût aux aliments s’il ne se dissout pas et ne disparait pour exister tout autrement. Cette bougie et ce sel qui se livrent entièrement, l’un pour éclairer et l’autre pour donner du goût, c’est comme quelqu’unqui ne peut aimer vraiment, tant qu’il ne se donne pas entièrement, s’il n’accepte pas de se sacrifier,  de se livrer sans rien garder. L’amour se donne, l’amour pardonne, l’amour n’est pas facile, l’amour transforme, l’amour rayonne, l’amour n’a qu’une mesure : se donner sans rien garder pour soi.

L’amour est plus fort que la haine, il est créateur d’avenir, il est sans malice, ne garde pas rancune.         Aime et tu comprendras, aime et tu transformeras le monde ; aime ! Dieu t’a aimé le premier.

Le pardon est plus fort que la vengeance, il est un baume qui guérit les cœurs, il libère le coupable et lui redonne confiance ; pardonne et tu comprendras, pardonne et tu transformeras le monde                           pardonne ! Dieu t’as pardonné le premier.

II-          Quelques effets du non-pardon

Si nous ne pardonnons pas, quelles possibilités s’offrent-elles à nous ?

II-1 La vengeance

Elle nait d’un sentiment de colère, et constitue la première possibilité de répondre à un mal commis à notre égard. La vengeance est quelque chose de très naturel car elle traduit notre désir de justice.Pour répondre à ce désir de justice, pour que notre sentiment de vengeance ne soit pas exagéré et pour qu’il y ait une modération dans la vengeance, les juifs ont inventé la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Si tu me crèves un œil, je vais devoir te crever un œil, mais je n’irai pas plus loin. C’est la loi des équivalences pour ne pas aller dans l’exagération de la vengeance.

Le danger de la vengeance, c’est la spirale de violence qu’elle engendre.
Certaines personnes se disent :  » je ne me vengerai pas, mais je n’oublierai jamais ! ». Ces dernièresdéveloppent une sorte de ressentiment. Elles se rappellent l’offense et elles sentent toute l’agressivité qu’elles ont dans leur intérieur. Certains peuvent entretenir une rancune pendant plusieurs années. Mais sous couvert d’être plus acceptable, cette attitude n’est qu’un autre type de vengeance : une vengeance passive, dont on parle peu. Souvent en effet, quand on parle de vengeance, on pense à quelque chose d’actif : faire mal à l’autre. Mais arrêter de faire en sorte que les autres soient heureux, arrêter de créer de la vie, c’est une manière de se venger des autres.

II-2 Le stress continuel

Si l’on ne pardonne pas et si l’on maintient en soi un ressentiment, on vit dans un stress continuel. Le ressentiment, c’est le pire sentiment que vous puissiez vivre. Il peut être à l’origine de plusieurs maladies comme l’hypertension, l’arthrite et même certains cancers. C’est tellement vrai qu’il y a une clinique de cancérologie aux Etats-Unis où les médecins se sont aperçus que les traitements de chimiothérapie ne marchaient pas, parce que les malades concernés avaient de la rancœur. Donc, avant de faire la chimiothérapie, ils demandèrent aux malades de pardonner. Et la thérapie marchait mieux chez ceux qui acceptaient !
II-3 Des dépressions

Beaucoup de dépressions viennent aussi de l’amertume. La blessure a été enfouie ; on croit être passé par-dessus. Mais on a un mal de vivre dont on ne connaît pas la cause. On ne sait plus vivre le présent et l’on n’a plus de projets d’avenir. En réalité, ce qui ne va pas, c’est notre blessure non guérie : inconsciemment, notre perception du monde passe toujours par cette blessure.

Les professionnels qui travaillent sur le pardon se sont aperçus que les personnes blessées qui n’ont pu pardonner sont parfois des personnes « fragmentées ». Qu’est-ce que ça signifie ? Lorsque quelqu’un agresse de façon violente une autre personne, cette dernière a très peur (comme dans un viol par exemple). À ce moment-là, il peut se produire un phénomène très curieux qu’on appelle l’identification à l’agresseur. Par ce qui semble être une tentative de survie, lorsqu’une personne a été blessée profondément, elle peut en arriver à s’identifier à l’agresseur. C’est comme s’il « entrait » en elle en quelque sorte. La personne se sent contaminée par l’agresseur, se perçoit comme lui (sale, violent, méprisable…). Elle devient double, victime et bourreau et continue de s’agresser intérieurement. Lorsqu’elle est fatiguée de s’agresser, elle peut devenir à son tour agresseur d’autres. On a remarqué que les personnes qui violent ou battent des jeunes ont souvent été abusées, elles aussi, dans leur enfance, et elles vont faire sur d’autres ce qu’on leur a fait.

Tout cela (vengeance, ressentiment, dépression…) arrive lorsqu’on ne fait pas face à notre blessure et qu’on ne la traite pas par le baume du pardon. Mais ce sont des impasses, pas des passages obligés ! Le travail qu’on a à faire,c’est d’aller chercher l’agression enfouie en nous, pour la guérir et la transformer. Que vis-tu ? Es-tu heureux, heureuse ? Comment va ton travail ? Quel climat règne dans ta famille, ton couple ?

 

III-        La démarche à faire pour pardonner

Si nous acceptons que pardonner, c’est renoncer à tirer vengeance, voici quelques étapes qui décrivent la démarche à adopter pour pardonner véritablement. Toute personne qui le désire peut pardonner, cependant pour le croyant, le pardon comporte deux dimensions : une partie humaine et un don de Dieu. Quels que soient nos efforts humains, il va arriver un moment dans la démarche de pardon, où le pardon va nous venir de Dieu. C’est particulièrement vrai pour les blessures graves et profondes. On a besoin de Dieu. Dieu est toujours prêt à nous pardonner et toujours prêt à nous donner son amour inconditionnel. La difficulté ne vient pas de Dieu, mais elle vient de notre part, de notre incapacité à nous laisser aimer. Comment va-t-on ouvrir notre cœur pour recevoir le pardon de Dieu ? Les textes bibliques disent de Dieu qu’il est à la porte de notre cœur et qu’il frappe. Celui qui l’entend et lui ouvre, Dieu viendra établir sa demeure chez lui. Si nous sommes emplis de Dieu, son amour nous accordera la force pour prendre la décision de nous engager sur le chemin du pardon.

 I-1. Première étape : prendre la bonne décision.

Le chemin pour pardonner ne provient de nulle part, sinon d’une décision personnelle à s’ouvrir à la plénitude de la vie. Le pardon ne viendra pasde lui-même. Il faut à un moment décider de ne pas se laisser aller à la vengeance pour régler des situations difficiles et inattendues, telles qu’une situation d’injures, de blessures, de trahison. C’est très important que cette décision soit prise avant que toute offense n’arrive. Lorsque le mal arrive, si cette décision n’a été pas prise, vous allez penser immédiatement à vous venger et vous allez passer à l’acte.

Il est aussi très important d’essayer de faire cesser l’offense. Le pardon est difficile et ne tient pas longtemps tant qu’une personne perpétue son offense sur nous. Il faut également décider de discuter avec cette personne pour lui demander de cesser de nous blesser. Cela demande du courage. Souvent certains cachent leur manque de courage derrière la belle façade d’un pardon donné gratuitement. Mais la vérité est que la plupart des gens ne peuvent réellement pardonner dans les conditions d’une offense continuelle. Ils étouffent leurs sentiments parce que c’ est plus confortable. Faire savoir qu’on est blessé ne veut pas dire se mettre en colère contre l’autre. Certes, la colère est une expression naturelle, mais il faut avoir le courage d’indiquer ce qui nous a fait mal.

III-2. Deuxième étape : reconnaître qu’on a été blessé.

Lorsqu’on a souffert d’une injustice, d’une trahison, lorsqu’on a été insulté, on a parfois tendance à vouloir tout d’abord excuser l’autre, à vouloir oublier ou minimiser la faute. Parfois, c’est même l’offensé qui se sent coupable. Il faut redresser cette situation-là et rentrer en contact avec sa blessure intérieure. Ce n’est pas facile. Je me souviens que lors d’une session de formation sur l’accompagnement de malades, un ami me dit lors des échanges en classe : « J-B, tu te fais trop passer pour le connaisseur et c’est l’unique défaut que je te trouve ». Beaucoup s’attendaient à une réplique, mais non je ne sortis aucun mot. Est-ce parce que j’avais accueilli cela positivement ? Faux, j’ai déclenché un mécanisme d’auto-défense en me disantqu’ il ne s’agissait pas de moi. Nous avons des mécanismes de défense qui nous empêchent de vouloir trop souffrir.

On a peur aussi de rencontrer notre colère. On fait toutes sortes de manœuvres pour ne pas entrer en contact avec nos émotions. On essaye d’excuser l’autre, on va lui pardonner rapidement, beaucoup trop rapidement. Beaucoup de gens pardonnent trop vite sans respecter ce qui se passe à l’intérieur d’eux-mêmes. Mais s’il n’y a pas une purgation des différentes émotions (douleur, tristesse, colère, frustration), on ne guérira pas. Pardonner demande du courage.

Reconnaître qu’on a été blessé veut aussi dire identifier ce qui a été touché en nous. Ce n’est pas jouer à la victime, ni  se lamenter sur soi-même d’une façon générale. C’est important de savoir exactement ce qu’on a perdu, par rapport à nous et également par rapport à l’autre. Dans tout pardon, il y a un « deuil » à faire par rapport aux attentes que l’on avait vis-à-vis de quelqu’un. Quand on peut ainsi repérer ce qui a été touché en nous (notre honnêteté, notre fidélité, notre compétence…), notre agressivité commence à fondre parce qu’on pensait auparavant que c’était toute notre personnalité qui avait été atteinte.

 

III-3. Troisième étape : dire sa souffrance.

Il faut extérioriser sa douleur pour pouvoir en faire quelque chose, la gérer, guérir. Ecrire dans un cahier, parler à quelqu’un de confiance nous libèrent de la douleur causée par la blessure. Un ami nous racontait son expérience avec le sacrement de la réconciliation. Il disait avoir plusieurs fois confessé cette offense, mais le poids de l’offense pesait toujours sur lui. Alors un jour, il alla voir le curé et eut un entretien avec lui ; après cela, le poids de l’offense avait disparu. Oui, certaines choses ont besoin d’être dites et d’être écoutées pour se libérer.  Attention, il ne s’agit pas de parler pour se venger, dire du mal de l’autre. On a décidé de ne pas se venger. Il s’agit de parler de sa souffrance et de décrire des faits, pas d’interpréter des intentions. Il faut aussi trouver une personne assez mûre pour écouter nos doléances sans que cette personne en vienne à mépriser celui qui nous a fait du mal, ni qu’elle aille répandre partout la nouvelle. De cette mauvaise tendance et de la mauvaise compréhension du processus de pardon naît notre solitude. Il y a des personnes qui meurent de ne pas pouvoir parler de leur souffrance, ne pas être capables de s’exprimer. Un jour dans une paroisse, une femme vint voir un prêtre pour un problème particulier. Elle souffrait des troubles mentaux et personne ne perdait son temps à l’écouter. Ce jour-là, le prêtre réunit toute son équipe. Avant que la femme n’entre, il demanda à tous d’ôter leur montre, puis il les collecta. Une fois entrée, la femme parla pendant des heures, elle eut suffisamment le temps de raconter ce qui la tourmentait. A la fin, elle soupira et s’endormit dans le bureau du prêtre. Elle avait parlé pendant presque sept heures sans être interrompue et ce fut pour elle une guérison. Nous devrions être capables d’offrir cette écoute compatissante aux autres. Parler à quelqu’un permet d’y voir clair en nous et d’identifier ce qui a été touché.

III-4. Quatrième étape : recevoir la guérison.

Le pardon total n’est pas possible si notre être intérieur n’a pas été guéri. La plupart du temps, parler à quelqu’un permet à la guérison de se faire en nous, avec le temps. Nous avons en nous une capacité intérieure réparatrice.

Pour le croyant, c’est là qu’intervient Dieu. Un ami, un psychothérapeute peuvent nous aider à cheminer vers cette 4ème étape, mais ils ne peuvent nous guérir.Quand la blessure est trop profonde ou très ancienne, le moi intérieur n’a plus la force de réparer les dégâts. On a en ce cas besoin de Dieu. Si vous êtes croyant, si vous croyez à l’Esprit de Jésus, vous allez être capable de demander à l’Esprit-Saint qui est en vous de vous guérir, de vous réunifier, de recoller les morceaux et d’estomper la douleur. C’est là une promesse de Jésus : « L’Esprit du Seigneur  est sur moi. Le Seigneur m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux. Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé… » Luc 4,16-21.

 

III-5. Cinquième étape : s’ouvrir au pardon.

Une fois la guérison enclenchée, on peut dire : « mon cœur est ouvert pour recevoir le don du pardon ». En effet, on ne pardonne pas aux autres, on se laisse prendre par le pardon.Le pardon ne nous appartient pas. Le croire fait naître en nous un sentiment de supériorité. Le pardon n’est pas une vertu morale, c’est une vertu théologale. Cela veut dire que c’est Dieu qui nous l’inspire, c’est Dieu qui en est l’agent et c’est Dieu qui en est l’objet. C’est pour cela que lorsque l’on entre dans une dynamique de pardon, on met sa volonté dans les premières étapes, mais une fois rendu à cette étape finale, il s’agit de devenir accueillant, réceptif à l’amour de Dieu. Cela veut-il dire que si je ne suis pas chrétien, je ne suis pas capable du vrai pardon ? Non. La grâce de Dieu n’est pas limitée au christianisme. La grâce de Dieu vient sur toute personne bonne dont le cœur est ouvert. Ce qui est important, c’est de savoir qu’on ne donne pas le pardon, mais qu’on le reçoit.

Le vrai moteur pour lepardon, c’est de se savoir aimé profondément, inconditionnellement de Dieu.Si vous vous sentez aimé(e) profondément, vous allez être capable de pardonner. Quelqu’un qui ne se sent pas aimé, peut-il aimer pleinement les autres ? Si vous avez l’impression qu’on ne vous a rien pardonné dans votre vie, allez-vous être capable de pardonner à d’autres ? En même temps, il n’y a rien de plus difficile que de recevoir quelque chose d’une manière gratuite. On a toujours l’arrière-pensée qu’il y aura quelque chose à payer. Quand vous entrez dans le monde du pardon, vous entrez dans un monde d’abondance, de générosité, de la gratuité, la générosité gratuite de Dieu. Il n’y a pas de rationalité possible là-dedans.

 

III-6. Après le pardon : que faire de la relation avec l’offenseur ?

On a le choix. Est-ce que je me réconcilie avec la personne ou pas ? Si on se réconcilie avec la personne, la relation ne peut plus demeurer comme avant. Lorsqu’il y a eu une blessure entre deux personnes, le seul chemin positif, c’est l’approfondissement de l’amour entre ces deux personnes, décidé d’un commun accord. Quand on peut souffrir ensemble et accepter cette souffrance-là, il y a une sorte d’approfondissement. Un amour qui n’a pas souffert est un amour qui manque de profondeur. On le voit chez les couples. Toutefois, dans certaines situations, il vaut mieux qu’il n’y ait pas de réconciliation physique, si la personne n’a pas changé par exemple, si elle peut nous agresser, nous faire du mal.

IV-        Quelques dimensions du pardon

IV-1. Dimension anthropologique du pardon

Nous abordons ici le pardon au sens large, c’est-à-dire concernant l’homme en tant que tel, croyant ou non. Nous laissons de côté, en attendant, la dimension religieuse, les préceptes évangéliques et/ou l’exigence de la charité, pour ne voir que la fonction du pardon dans les relations sociales.

Pardonner suppose toujours qu’il existe une relation. Le pardon nous met en face de quelqu’un, l’importance du pardon se mesure à l’intensité de notre relation. Nous sommes beaucoup plus touchés par l’offense causée par un ami que par un inconnu.  (Exemple : conflits dans les familles.) Si la vie se structure par les relations, le pardon en est la plus grande épreuve, il prouve la solidité de la relation et par conséquent, la qualité de la vie.

Quand il s’agit d’une personne avec qui nous n’avons pas de relation personnelle, notre jugement est basé sur la loi, les coutumes, ou les traditions. Cependant quand il s’agit d’une personne que nous aimons, notre jugement est basé surtout sur les sentiments subjectifs. Dans la vie conjugale,  un acte grave ne brise pas forcément la relation, si la tendresse parle ensuite plus fort que la méchanceté et la souffrance. Par contre, une série d’actes peu graves en eux-mêmes peut lentement ronger l’amour et créer une situation irréparable. Le pardon implique une relation de dépendance : celui qui désire être pardonné dépend donc socialement des autres. Celui qui pardonne est reconnu supérieur.

 

IV-2. Dimension psychologique du pardon :

L’aptitude à pardonner à autrui ou à soi-même est une marque de maturité. Elle présente un progrès considérable par rapport au désir plus primitif de vengeance. Les racines du désir de vengeance aussi bien que la capacité à pardonner se trouvent dans l’expérience de la petite enfance. La vie de tout petit enfant est pleine de satisfactions et de frustrations. L’enfant normal réagit aux frustrations par un désir de représailles. On dit alors que l’enfant est « méchant ». Mais la faculté de sensibilité à autrui a ses racines dans l’enfance et, dans une personnalité parvenue à maturité, elle représente une transformation de son narcissisme en un sens socialement profitable. Une sagesse  bouddhiste dit ce qui suit :« Si vous êtes bon, vous ne devez pas être touché par la méchanceté, et si vous êtes touché, vous n’êtes pas aussi bon que vous le croyez ».  La blessure révèle votre propre défaut que vous ne pouvez supporter.

IV-3. Dimension religieuse

Le pardon humain est à la fois une conséquence… et une condition du pardon de Dieu. Il est la dimension essentielle de l’existence humaine. Il est le « pain de vie » qui entretient notre existence. Soulignons que seul, celui qui a fait l’expérience du pardon peut vraiment pardonner ; tout comme peut seul aimer vraiment celui qui a fait l’expérience de l’amour. « Celui qui ne pardonne pas à son frère n’a pas reconnu le pardon que Dieu lui donne ». Le Pardon est le Don par excellence, qui nous rend à « la ressemblance de Dieu ». La route de la divinisation : La finalité de la vie spirituelle est notre participation à la vie divine. C’est ce que les Pères de l’Eglise appelaient la « divinisation ». Grégoire de Naziance (Capadoce 330) écrit : « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne Dieu ». La divinisation se réalise lorsque s’introduit en nous la charité divine jusqu’au pardon des ennemis, comme le Christ en croix. Quand est-ce que tu deviens Dieu ? Quand tu seras capable, comme le Christ en croix de dire « Père, pardonne-leur » ; plus encore « Père, pour eux, je donne ma vie ».

Pardonner, dans le sens de ne plus tenir rigueur à autrui de sa faute, ce n’est qu’un début. Pardonner dans le sens de se réconcilier est un deuxième degré. Le degré le plus haut est le Pardon de Dieu manifesté en Jésus « Sang versé pour une nouvelle Alliance ».Le pardon est le signe d’un amour authentique.Un amour qui pardonne, qui réconcilie, qui donne une nouvelle vie : la nouvelle création. La croix de Jésus est signe de la vie donnée et symbolise la rencontre dans la culture universelle.

Conclusion : Pourquoi pardonner ?

Au terme de ce parcours, nous espérons vous avoir conduit à la porte du pardon. Une fois devant cette porte, à chacun de l’ouvrir pour y découvrir le trésor d’amour qu’il contient. Que signifie alors pardonner ? Soulignons tout de suite avant de faire le point sur notre réflexion qu’il ne s’agit pas d’un exposé devant répondre aux différents problèmes, mais plutôt d’une aide pour entrevoir des pistes de réflexion et pour vous accompagner durant des moments difficiles où nous sommes invités à choisir entre l’amour et la haine ; le pardon et la vengeance ; la violence et la paix.

Dans la première partie de ce travail, nous avons brièvement exposé l’origine du mot pardon qui remonte aux années 1135. De l’analyse du mot, le préfixe précédant le « don » nous a permis de déduire de l’étymologie qu’il s’agit d’un simple don. Ce simple don traduit une rupture avec la violence et apparait comme une réponse inattendue quand un mal est commis.Ainsi, il  est ce par quoi l’équilibre humain et social est maintenu. C’est un acte d’amour, une nouvelle exigence pour des relations simples, vraies et viables. Car le pardon appelle la confiance qui est l’élément indispensable pour s’ouvrir à l’autre et pour l’aimer.

Nous avons ensuite montré ce à quoi l’homme s’expose quand il refuse d’accorder son pardon dans notre seconde partie. Il est enfermé dans un cycle infernal de vengeance, la vengeance apparait comme un mouvement naturel de la personne pour se faire justice. C’est ce que les juifs traduisent par la loi de talion. Tu me prends un œil, je te prends aussi un œil. L’homme est alors livré à un stress continuel qui peut être à l’origine de certaines maladies. En plus du stress et de la vengeance, on peut tomber dans une dépression. Toutes ces choses arrivent lorsqu’on ne fait pas face à notre blessure et qu’on ne la traite pas par le baume du pardon. Le travail qu’on a à faire, c’est d’aller chercher l’agression enfouie en nous, de la guérir et de la transformer. Que vis-tu ? Es-tu heureux (se) ? Comment va ton travail ? Quel climat règne dans ta famille, ton couple ?Il me semble que je ne répèterais pas ces questions.

C’est dans l’optique d’aller affronter sa blessure et de s’ouvrir au don qu’est le pardon que nous avons dans notre troisième partie, le cheminement vers le pardon. Ce cheminement va de la prise de décision à l’ouverture à la force du pardon. Ceci en passant par la reconnaissance de sa blessure, se dire et dire sa souffrance et recevoir sa guérison.

Ensuite, dans une quatrième partie nous avons présenté quelques dimensions du pardon qui va de la dimension anthropologique à la dimension religieuse.

Pour conclure, voici la question quise pose à nous: pourquoi pardonner ? 

Ce qui motive le plus fortement àpardonner est le sentiment d’avoir soi-même été pardonné,ou à défaut, la conscience de ce que, comme tout êtrehumain, nous sommes imparfaits et avons commis destorts pour lesquels nous avons nous-mêmes besoin d’êtrepardonnés.Et nous pardonnons non pour paraître gentils aux yeux des autres, mais pour  surmonter la peine quand nous sommes blessés, pour trouver la paix quand la haine et le désir de vengeance nous habitent. Carnous pourrions blesser quelqu’un sans le faire exprès. Ou bien nous savons que nous avons fait aussi des erreurs regrettables ou condamnables, et qui nous marquent pour la vie. Nous pouvons être traumatisés par une blessure d’enfance que nous ignorons et qui nous empêche d’agir ou de supporter quelqu’un qui reflète ???.Je ne comprends pas

Nous ne saurions clore ce partage de témoignages sans envisager un formulaire de questionspour nous permettre de faire un voyage à l’intérieur de nous-mêmes, pour mieux nous connaitre et pour faire de notre monde un monde meilleur.

1-   Suis-je ouvert et abordable ?

2-   Est-ce que j’accepte volontiers des conseils ? Une correction fraternelle ?

3-   Suis-je ouvert aux risques ? A l’inattendu ?

4-   Est-ce que je laisse les autres agir dans ma vie (Dieu, parents, amis…) ?

5-   Saurais-je distinguer dans mes désirs les bons des mauvais pour l’équilibre humain et/ou social ?

6-   Suis-je capable de faire silence et d’écouter ?

7-   Puis-je me  rappeler un moment où j’ai pris la décision de pardonner ? Où ? Comment cela est-il arrivé ? Quand ? Cette décision est-elle bienfaisance ou bouleversante ? Ou est-ce pour paraitre gentil ?

8-   Pourquoi la démarche du pardon me parait-elle difficile et semble trop me demander ? Est-ce parce que je manque d’amour ou que je ne me sens pas aimer ni pardonner ?

9-   Est-ce que je prends parfois le temps de réfléchir sur ma vie ? sur mes joies et mes peines ? Sur la façon dont je soigne mes blessures ? Est-ce par refoulement ou est-ce que je les affronte avec courage et confiance?

10-               Qu’est ce qui me fait peur ? les gens, l’amour…?

11-               M’ est-il déjà arrivé de renoncer à un processus de pardon que j’ avais initié ? De quoi ai-je peur ? Des exigences, la confiance, l’avenir de notre relation ?

12-               Quelles sont les questions ou problèmes qui me tracassent maintenant ?

13-               Suis-je préoccupé par la question : Pourquoi pardonner ?

14-               Quel est mon souhait quand je suis offensé ?

15-               Ai-je l’audace ?? Le courage ?? de dire en toute sincérité : tu m’as offensé et j’ai eu mal, cependant par amour je te pardonne ?

16-               Que signifie concrètement pour moi : « me livrer à la force du pardon » ?

17-               Ai-je connu dans ma vie des impasses, des situations apparemment sans issue ? Comment m’en suis-je sorti ? Cela m’a-t-il fait grandir ou bien cela m’a-t-il rabaissé ?Il faudrait que les questions soient à la même personne, j’ai tout mis à la 1ère..à toi de choisir …


[1] Signifie : faire grâce de la vie.

[2] Jacques Marin, Qimer c’est pardonner,ed. des béatitudes,  France, 1990.

[3]Lc 15,

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